

L'un des films phares de ce début d'année a sans conteste été le dernier opus des frères Coen (Barton Fink, The Big Lebowski, Fargo). Sélectionné au dernier festival de Cannes (mais sans y emporter de récompense), et oscarisé à quatre reprises (meilleur film, meilleur réalisation, meilleur scénario adapté et meilleur acteur dans un second rôle pour Javier Bardem) cette histoire de règlement de comptes dans le sud des Etats-Unis semblait devoir signer le retour aux affaires du duo après une série de films moins appréciés de leur public (tels que Ladykillers ou Intolérable Cruauté).
Initialement remarquablement bien accueilli par la critique, No Country For Old Men a vu cette tendance se confirmer dans l'univers des blogs consacrés au cinéma : on a ainsi assisté à une écrasante majorité de notes dithyrambiques louant l'inspiration retrouvée des frères Coen : "Quel bonheur, quelle bénédiction, quelle sensation unique de pouvoir encore et toujours être surprise au cinéma !" s'enthousiasme même Sur la route du cinéma.
Tout d'abord dans la forme, la plupart des blogueurs ont fortement apprécié les paysages sauvages du Sud, vastes et paisibles, en contraste direct avec la violence sans pitié de l'intrigue et des personnages. L'absence presque totale de fond musical a aussi été saluée, sa rareté la rendant d'autant plus précieuse pour les scènes où elle est utilisée. "En s'attardant sur de grands espaces et supprimant toute musique au profit d'une ambiance sonore caractéristique, le film prend déjà de la hauteur et un fond troublant." affirme Buzzline alors que Matière Focale juge que "cette bande-originale quasiment absente, c’est quand même très très élégant."

La mise en scène, généralement considérée comme "le lieu de l'excellence des frères Coen" (Pibe San)ne déçoit pas, et recueille un choeur de louanges quasi unanime. Quelques traces du petit côté déjanté de la plupart de leurs précédents films se retrouve malgré la froideur et la grande violence qui dominent l'ensemble du long métrage.
Mais ce qui semble marquer le plus profondément les esprits est la performance de Javier Bardem en tant qu'Anton Chigurh, tueur à gage psychopathe et implacable lancé à la poursuite de Llewelyn Moss (Josh Brolin), et surtout incarnation terrifiante et troublante du Mal dans un monde en perte de repères : "Javier Bardem compose l’un des personnages les plus terrifiants et les plus opaques que nous ayons vu depuis longtemps sur un écran." (Dr Orlof)
L'ensemble du trio d'acteurs principaux (complété par Tommy Lee Jones dans le rôle d'un shérif vieillissant) est d'ailleurs salué pour son interprétation, encore une fois de manière presque unanime.

Les thèmes du film sont quant à eux analysés au fil des blogs :
Le Dr Orlof rapproche le film de Sweeney Todd, le dernier film de Tim Burton (tout en jugeant ce dernier inférieur à No Country..), par son pessimisme affiché, qui découle ici de la réalisation que le "mythe fondateur" du western classique est dépassé, et que rien ne peut plus vraiment être comme avant.
Ce thème est aussi développé par Pibe San, qui met en parallèle la structure linéaire du film et le décalage de l'enquête (engagée trop tard) de Tommy Lee Jones avec le décalage temporel dans lequel son personnage, représentant la justice, se retrouve vis à vis d'une mentalité moderne et individualiste.
Hyppogriffe de Notre musique est l'un des seuls à apporter un fort bémol à ce concert de louanges. Sa série de questions très critique vis à vis du film et du cinéma des frères Coen en général est reprise par Vincent de Inisfree qui se fait un devoir de répondre point par point avant d'engager un débat très intéressant avec Hyppogriffe dans ses commentaires, sur la filiation (ou non) des Coen avec un cinéma américain "historique" tel que celui de John Ford.
Pour conclure, les "pro" semblent donc l'emporter très largement sur les "anti" dans ce pays qui ne serait pas pour les vieux hommes (on peut d'ailleurs se féliciter à cette occasion que le titre original ait été conservé lors de la diffusion française...), le scénario (adapté d'un roman de Cormac McCarthy), la mise en scène et l'interprétation de Javier Bardem, tous trois couronnés aux Oscars, étant d'ailleurs particulièrement salués par la majorité des blogueurs.
Par Pierre,
Le 20 Mai 2008

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